Grossesse non désirée: comment mes convictions ont été confrontées à la réalité

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Lorsque j’étais encore célibataire et sans enfant, je considérais qu’un enfant était un cadeau de la vie, et je condamnais fermement l’avortement. Pire, je me permettais de juger les personnes qui prenaient cette décision. Je ne pensais donc pas avoir à envisager cette réalité un jour.

Et pourtant, pendant le confinement, je commence à me sentir mal. J’ai de plus en plus de mal à manger, et je suis chaque jour plus fatiguée. Après un test de grossesse, le verdict tombe: je suis enceinte. Je prends donc rendez-vous avec le premier gynécologue disponible, qui me confirme que je suis enceinte de 7 semaines d’aménorrhée. A partir de là les symptômes s’intensifient, et je souffre de nausées et d’hypersensibilité aux odeurs toute la journée. Mon mari et moi on discute, et on tombe d’accord sur un point: ce bébé tombe très mal. Financièrement c’est loin d’être la joie, et on vient à peine de trouver notre équilibre avec nos deux enfants. Et puis trois grossesses en à peine quatre ans de mariage, ça fait quand même beaucoup. Mon conjoint me demande d’avorter, avec des arguments tous plus convaincants les uns que les autres. Ma raison me dicte d’avorter, mais je sais au fond de moi que je ne me pardonnerai jamais de prendre une telle décision, et à mon mari non plus. J’ai du mal à voir cet embryon comme un amas de cellules, son cœur bat déjà, il est vivant pour moi. Je décide de garder l’enfant, décision qui entraîne de nombreuses disputes et met à mal mon mariage.

Pour autant, je ne suis pas enchantée par cette grossesse. Déjà, parce que je déteste être enceinte; me sentir nauséeuse, fatiguée et diminuée pendant 9 mois, très peu pour moi. Ensuite, j’avais de nombreux projets pour 2020: une reconversion professionnelle, reprendre la couture à fond, me consacrer davantage à mes enfants. Un bébé n’était donc pas à l’ordre du jour. Je ne souhaitais pas avorter, mais au fond de moi, je ne voulais pas que cette grossesse aille jusqu’au bout. Je me revois, chaque fois que je me rendais aux toilettes, espérer perdre du sang, ou encore parler à mon ventre, en disant à ce bébé qu’il n’était pas désiré, que ni son père ni moi ne souhaitions qu’il vienne au monde, et qu’il ferait mieux, pour le bien de tous, retourner auprès de son Créateur.

Trois mois après avoir espéré une fausse couche, je me suis finalement résignée face à la ténacité de cet enfant, et j’ai fini par me faire à l’idée d’avoir un nouvel enfant. Cependant, j’angoissais toujours à propos de nos difficultés financières et matérielles, et même si j’avais exclu d’avorter, je me disais que placer ce bébé en pouponnière pendant quelques mois me permettrait, après l’accouchement, de régler mes problèmes afin de l’accueillir dans de meilleurs conditions. Mais l’idée de me séparer de ce petit être aux première heures de sa naissance m’était de plus en plus difficile à envisager, et j’ai fini par plus ou moins abandonner cette idée.

Ma grossesse s’est poursuivie sans problème, mis à part les nausées qui ont fait des va-et-vient, la fatigue qui n’est jamais vraiment partie, les malaises et les nombreux dégouts alimentaires. Mon mari, de son côté, s’est calmé, et a fini par accepter ce nouveau bébé. Au troisième trimestre, j’ai décidé de mettre les ennuis financiers de côté, lorsque les hormones m’en laissaient l’occasion, et de me concentrer sur la fin de ma grossesse et la venue de ce petit bout. J’ai finalement accouché, à domicile, de mon troisième enfant. Aujourd’hui il a trois semaines, et lorsque je le regarde dormir, téter, s’éveiller, je m’en veux d’avoir eu des pensées si terribles à son égard. Je profite de mon bébé et j’apprends à être heureuse, tout simplement, et à profiter de ma famille.

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