Je n’aime pas être enceinte, vraiment?

Publié le

J’ai détesté être enceinte. Entre les nausées qui vont et qui viennent, la fatigue intense, les douleurs… J’ai vécu cela comme une prison à chaque fois. Ajouté à cela les hormones, les réactions exacerbées, le mal-être quotidien, j’ai vécu neuf mois des plus éprouvants. Et pourtant, mes grossesses, sauf peut-être un peu la première (décollement placentaire à 8sa, menace d’accouchement prématuré à 31sa et souffrance fœtale à 41sa), sont loin d’être pathologiques. Cela aurait du suffire à me rendre heureuse, mais les choses n’étaient pas si simple. Après avoir accouché, je me rends compte que le fait de ne pas avoir aimé être enceinte n’était pas seulement lié aux désagréments physiques. La grossesse avait fait remonté en moi des situations que je n’avais pas traité, et qui venaient me hanter à chaque fois que je portais la vie. En même temps, j’étais censée me concentrer a 100% sur ce petit être qui grandissait en moi, alors que les difficultés que je traversais me faisaient culpabiliser d’accueillir mes enfants dans de telles conditions.

Alors que le fait de ne pas aimer la grossesse est toujours tabou dans une société qui nous fait croire que le fait d’être enceinte rend les femmes ivres de bonheur, j’ai décidé de faire cet article pour dire que non, être enceinte n’est pas quelque chose de toujours facile à vivre et que chaque femme vit sa grossesse de manière différente. Personnellement, je suis passée par tellement d’états, d’une joie immense a une mélancolie profonde, en passant par la peur, que je peux affirmer que la grossesse a provoque en moi un important bouleversement, tant sur le plan physique que psychologique ou affectif.

Les désagréments physiques

A chaque grossesse, j’ai souffert de nausées, à chaque fois plus intenses. Pour mon premier, je subissais surtout des dégoûts alimentaires et des brûlures d’estomac dès que je mangeais certains aliments, comme les fraises ou le chocolat. C’était désagréable, mais gérable. Pour ma deuxième, les nausées étaient présentes mais surtout le soir et quand j’avais l’estomac vide. A part cela, je pouvais manger à peu près ce que je voulais, sauf le chocolat. Cependant au troisième trimestre, après avoir fait le test du diabète gestationnel, je souffrais de nausées à chaque repas un peu trop copieux (c’est-à-dire à peu près tout), et je ne pouvais avaler quasiment que du fromage blanc et de l’eau aromatisée au sirop de grenadine. Pour mon troisième en revanche, les choses se sont avérées beaucoup plus compliquées. Alors que j’apprenais que j’étais enceinte en plein confinement, j’avais des nausées tout au long de la journée. Je ne pouvais rien avaler ni boire, sauf des fruits au sirop et de l’eau citronnée. Pour le reste, je devais me forcer et ne pas dépasser quelques bouchées si je voulais digérer ce repas. Après s’être estompées à mes 5 mois de grossesse, elles sont réapparues lorsque j’ai arrêté de travailler, à 7 mois de grossesse. Moi qui pensais profiter, c’était raté.

Le plus difficile à gérer, cependant, a été la fatigue. Moi qui suis une hyperactive, ça a été difficile pour moi de lever le pied et de rester allonger, surtout que le repos ne servait à rien, puisque je devais attendre d’accoucher pour espérer retrouver mon entrain. Me traîner à chaque pas, ne pas pouvoir même lire un article de journal en entier sans devoir faire plusieurs pauses, ni travailler sur mon ordinateur, notamment en fin de grossesse, a été un supplice pour moi. J’avais l’impression d’être comme dans une prison, à tourner en rond en attendant le jour de ma délivrance. Cela était d’autant plus difficile à vivre lors de mes deux dernières grossesses, car là je n’avais même plus le luxe du repos puisque je devais en plus gérer mes enfants.

Enfin, il y avait les douleurs. Douleur au bas-ventre, tiraillements, coup de poignard, douleurs digestives… Mon ventre était, durant ces neuf mois, un vrai champ de bataille. Il est vrai que pendant la grossesse on ne peut pas faire grand chose pour les soulager car c’est justement la grossesse qui cause toutes ces douleurs, mais se l’entendre dire par le corps médical, duquel on attend une solution à nos problèmes, c’est assez rageant.

Un malaise plus profond

Les « petits maux de grossesse » n’étaient pas le plus difficile à gérer pour moi. Maintenant que j’ai accouché pour la troisième fois et que j’ai pris le temps de faire le point sur moi-même, je me suis aperçue que si je n’aimais pas être enceinte n’était pas seulement à cause de mon état physique déplorable. Lorsque j’ai appris pour ma première grossesse, je commençais juste à traverser des difficultés financières. Après avoir fait des études, passé des concours et obtenu un travail, je m’était toujours imaginée accueillir mes enfants dans les meilleures conditions. Alors devoir compter mes sous, jongler entre les créanciers et avoir peur de l’avenir ne faisait pas partie de mes plans. Et pourtant, c’est ce qui est arrivé, et cela me terrifiait.

Après la naissance de mon premier fils ma situation s’est légèrement arrangée, mais pas suffisamment pour accueillir un deuxième enfant. Alors lorsque je suis tombée enceinte de ma fille, pour moi c’est l’histoire qui se répétait. J’avais pourtant espoir que les choses s’améliorent, mais à mon troisième trimestre, elles se sont aggravées. Après sa naissance, j’ai passé une année difficile, faite de combats et d’échecs. Et pourtant en 2020, nouvelle grossesse. Comment réussir à subvenir aux besoins de trois enfants dans ma situation? Et surtout, comment surmonter la fatigue, les nausées et continuer à se battre? Les hormones aidant, j’ai sombré dans une déprime profonde, sachant que pendant toute ma grossesse, je ne pourrais rien faire.

En plus de ma situation financière catastrophique, j’ai du gérer mes angoisses les plus profondes. Serais-je une bonne maman? Durant mes trois grossesses j’ai beaucoup douté de moi, j’avais peur de ne pas être à la hauteur. Lors d’une énième insomnie, j’ai effectué un travail sur moi-même, et j’ai enfin compris: mes angoisses de grossesse étaient en fait du à ma relation avec ma propre mère, à nos conflits passés. Pendant longtemps elle n’a pas cru en moi et m’a renvoyé une imagé déplorable de moi-même. J’avais, au fil des années, totalement perdu confiance en moi-même. Il m’aura fallu trois grossesses pour m’en rendre compte et décider de prendre du recul sur toutes les réflexions blessantes que j’avais reçu toute mon enfance. La seule solution était donc de lui pardonner et d’avancer, pour ma famille, pour mes enfants. J’ai aussi réalisé que les choses avaient été beaucoup trop vite pour moi: mariée à 29 ans, je suis partie de chez mes parents pour m’installer avec mon mari; un moi et demi plus tard je suis tombée enceinte de mon premier enfant, et en quatre ans, j’ai eu trois enfants. Si bien que je n’avais même pas eu le temps de prendre mes marques en tant qu’épouse et mère. Je devais donc arrêter de subir cette vie que j’avais malgré tout choisie, et décider de prendre ma place au sein de cette famille que j’avais attendue toute ma vie.

Au final, je peux affirmer que je n’ai pas aimé être enceinte parce que l’état de grossesse me fait sortir de ma zone de confort et m’oblige à dépasser mes limites pour conserver une vie normale, travailler, m’occuper des miens, plus que pour les bouleversements physiques que cet état entraîne. De plus, le fait de devenir mère m’a obligée à grandir et devenir une femme, et sortir de ce rôle d’éternelle enfant dans lequel je me complaisais. Aujourd’hui, un mois après mon troisième accouchement, je réalise tout le chemin parcouru, et quand je regarde mes enfants, je suis fière de les avoir mis au monde; ils sont vraiment la plus belle chose qui me soit arrivée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.